La métamorphose de la musique

L’une des choses qui me frappe le plus dans l’évolution de la musique et notamment du rap (bien que cela soit sensiblement pareil dans le rock) c’est l’évolution du message et tout particulièrement la prise du dessus de la forme sur le fond.

Quand il y a quelques décennies ou quelques années pour les styles les plus récents il y avait un message, une histoire,en tout cas un contenu qui amenait l’auditeur à plus qu’une simple identification, mais à une prise d’engagement, on assiste aujourd’hui à totalement l’inverse.

J’ai le sentiment de Lady Gaga à Rick Ross en passant par Rihanna et l’ensemble de la nouvelle scène rap français que la forme a largement déclassé le fond au profit d’une approche non seulement mercantile mais en plus dénuée de toute identification.

Et c’est là que les artistes se font avoir eux-même. Ils deviennent à leur tour un produit de consommation que l’on va aimer pendant un temps, consommer, puis délaisser.

En quoi un auditeur de Lady Gaga ou de Lil Wayne peut-il s’identifier à l’un de ses artistes? Nullement!

En revanche, tenter de leur ressembler ça oui! Et comment? En fumant de l’herbe, en s’habillant avec des fringues YMCMB, en se faisant des tatouages partout, en se teignant les cheveux en rose bonbon etc… Mais tout ça ne dure qu’un temps.

Alors oui, dans les années 80 les rappeurs américains étaient déjà dans l’image avec leur style. Mais non seulement c’était malgré eux, ils ne se donnaient pas une image de gangster ou de je ne sais quel déjanté, ils l’étaient, mais en plus ils ne vantaient pas à tout bout de phrase que l’a drogue c’est bien, qu’ils font de l’argent facile et qu’il en ont plein etc… Non, le message était tout autre! Peace, Unity Love and Having fun!

Mais ou est passé ce message ou même celui d’un Ferre, d’un Moustaki, d’un Ferrat, d’un Lennon ou même d’un Marley qui faisait que l’on était amené à écouter et aimer ses artistes pour ce qu’ils disaient
Plus de contestation ni de revendication, on est passé à la méthode Coué derrière un micro…

En fait l’appropriation de l’artiste par ses fans ne se fait plus sur ce qu’il est et ce qu’il dit, mais sur ce qu’il représente ou plutôt sur ce qu’il veut bien montrer, puisque tout ça n’est qu’image à l’ère de la communication.

Quand la musique avait une vraie force, fédératrice, humaine, je pense par exemple aux années 70 même 80, même si l’image et la communication avait déjà leur rôle et que tout n’était pas complètement rose non plus, la musique en tant que telle véhiculait tout de même valeurs et conviction et c’est la dessus qu’elle rassemblait.

Aujourd’hui c’est le style au mieux la « vibes » qui rassemblent. Un exemple? Les t-shirt dans le rap.

Chaque rappeur ou groupe de rap français ou américain a sa marque de T-Shirt.
Ainsi le sentiment d’appartenance lors des concerts n’est plus le message qu’il y a dans les textes mais le style à travers le vêtement. On va au concert d’un tel avec son t-shirt pour lui montrer qu’on est comme lui et pour montrer aux autres que l’on appartient au groupe. Et la musique dans l’histoire?

Le fan est devenu groupie!

Mais est-ce vraiment ça la musique? Est-ce vraiment son objectif? Faire vendre du t-shirt? Que ce soit un plus pour l’artiste, évidemment. Et il serait absurde de ne pas s’en servir. Mais si les disques ne se sont jamais aussi mal vendu, je ne suis pas aussi certain que l’on puisse en dire autant des sweat, t-shirt et autres produits dérivés des marque de chanteurs!

Paradoxal, non? Triste même.

Et si finalement la musique se tuait elle-même en se vidant de son contenu en mettant en avant un packaging plus qu’une véritable composition, écriture et interprétation?

En même temps, je dis ça… je dis rien…

7 réflexions au sujet de « La métamorphose de la musique »

  1. Je suis bien d’accord avec toi !
    Petit à petit de mon coté, je me suis réorienté vers de la musique (sans chanteur), genre Trip Hop et autre (Big Beat, Jungle …).
    Je reviens souvent au rap, mais si 2 bons albums sortent par an on peu déjà être très content.

    Mais le phénomène est aussi présent en musique.
    Les compos les plus simple, sont souvent les plus populaires. Il suffit de prendre un Getta qui cartonne, et un Moby qui travail énormément ses sons (même ses samples), et ça marche beaucoup moins bien.
    Son dernier album (Destroyed) et excellent, au passage.
    Des mecs comme DJ Shadow, DJ Premier … Ne sont connus que par certains initiés. Par contre on sort un DJ Abdel, et hop, un petit disque de platine direct …

    Je pense que la paresse des année 90-00 et la démocratisation de la société de consommation ont créé ce phénomène.

    Les gens ne cherchent plus la qualité, mais la détente.
    Qui écoute encore du Jazz ou du classique de nos jours ? Et pourtant c’est l’essence même de la musique. Mais ça demande un certain effort, une certaine oreille …

    Aujourd’hui c’est : « Vite consommer, vite jeter ».

    Je pense, et j’espère, qu’un jour prochain, une nouvelle vague protestataire (c’est l’élément déclencheur) fera son apparition et verra naître un nouveau style de musique inédite qui en mettra plein les oreilles de nos enfants. Qu’ils puissent vivre ce que nous avons vécus avec le rap, et ce que nos parents ont vécus avec le rock.

  2. Entièrement d’accord avec toi!
    Les gens ne cherchent plus forcément une musicalité, mais un non effort. C’est alors que la musique n’est plus culture mais produit de masse. C’est vrai que l’exemple de David Guetta est flagrant!
    Mais de qui entre l’auditeur et les artistes a pondu le premier l’œuf? Est-ce parce que les auditeurs veulent de la simplicité que l’artiste leur en donne ou l’auditeur doit-il se cantonner à avaler de la soupe sans rien dire au prétexte que les musicien sont des artistes?

  3. Concrètement, je pense que tout le monde est un peu responsable de ça.
    Je vois autour de moi, pour reprendre l’exemple de Guetta, des gens dire « Oui c’est vrai, c’est commercial, c’est simpliste, c’est pas terrible, je n’écouterais pas ça en boucle … Mais quand ça passe en boite, à la radio, ou autre, j’adore ! ».

    Je pense que c’est plus lié à la « consommation » de la musique. Les gens écoute de moins en moins de musique de manière « sérieuse ».
    On regarde des show à la TV, on écoute du son en boite, on fait vibrer les basses de notre 106, les clips sont de plus en plus commerciaux (à grand renfort d’effets spéciaux, de placement pub …).
    Et du coup, les gens achètent plus ce qui marche et qui est commercial.
    Donc, on produit du son qui va se vendre.

    En même temps ce phénomène est très ancien, mais avec l’arrivé du mp3, ça s’est démocratisé. On n’achète plus les albums, mais de simple mp3 sur iTunes.
    Il suffit de voir le nombre de mauvaise track dans un album. Faire un album ressemble plus à du remplissage qu’à une histoire aujourd’hui.

    Enfin, heureusement certains artistes ne se laissent pas emboucaner dans la facilité.

  4. « Qui écoute encore du Jazz ou du classique de nos jours ? » Heuu, moi ! 😉

    Je suis assez d’accord avec ton billet et vos commentaires, et à cela s’ajoutent aussi je crois,la notion d’époque et d’éducation.

    Je ne sais pas de quelle génération vous êtes, en ce qui me concerne, j’ai eu la chance de découvrir la musique dans les années 80, époque où le meilleur cotoyait (encore) le pire. La funk sur Nrj à l’époque, les prémices de l’acid-jazz, et de la musique éléctronique (déja bien évoluée à l’époque), les géants de la soul-music, pas nécessairement avec leurs meilleurs albums, mais quand même, etc…
    Et si la démocratisation des boites à rythmes et synthés a transformé pour beaucoup les années 80 en sketch, ça n’empèchait pas de découvrir « Nothing like the sun » de Sting, « Graceland » de Paul Simon ou « So » de Peter Gabriel par exemple.

    Dans les années 90, sur Mtv ou M6, on pouvait entendre Haddaway ou Ace of Base, et en même temps Me’shell Ndegeocello, Incognito et D’Angelo.
    La période n’était donc pas complétement pourrie et encore créative, bien que les ventes ont dû être plus explosive pour les premiers que pour les trois autres.

    Ensuite, je pense que l’éducation à un rôle à jouer ici aussi, d’autant qu’écouter de la musique aujourd’hui est presque une démarche politique.
    J’ai eu la chance d’avoir des gens qui m’ont fait découvrir Sting, Grace Jones, les Neville Brothers, Maze entre autres, et cela m’a fortement influencé dans mes choix, puisque j’ai compris que le meilleur n’était pas nécessairement voir quasiment pas en radio, à moins d’écouter Nova, Génération (fin 90), Paris Jazz et Fip par exemple, ce qui m’a aussi amené à m’intéresser au Jazz et au classique.
    Aussi, je pense qu’il est important d’avoir dans son entourage quelqu’un qui va vous dire: « Tiens, écoutes ça, dis-moi ce que tu en penses. »
    C’est ce que je m’emploie à faire avec mes enfants.
    C’est une chance, et tout le monde ne l’a pas malheureusement.

  5. Très joli commentaire Hicham !

    Moi aussi j’écoute du classique (ça surprend souvent beaucoup de monde …), un peu de jazz, beaucoup de soul/funk des années 60-70.
    Je n’étais pas un grand fan des musiques des années 80 (de ma génération). Ma grande soeur me faisait écouté beaucoup de rap, et j’adorais ça !
    J’ai découvert les NTM à l’époque de leur tout premier morceau « suprême NTM ». Les premiers pas d’IAM. Aux Etats-Unis De La Soul me plaisait énormément, des groupe comme Public Ennemis sortaient des sons de fou !

    Puis, dans les années 90, j’écoutais moins de rap, j’ai vite dérivé sur la scène underground anglaise, avec le Big Beat, la Jungle / Drum’n’Bass, la Trip-Hop …
    Leur son électro sur des beats samplés tout droit sortis du monde Hip Hop m’ont réellement inspirés.
    Au niveau des radio, Radio Nova m’a fait découvrir énormément de sons. Cut Killer, faisait chauffer les platines en live, et nous on kiffait en cherchant partout cette saleté de cassette vierge !
    =)

    Donc, oui, Hicham, nous sommes de la même génération.
    Nous faisons partis des trentenaires qui essayent tant bien que mal, de soigner les oreilles de leurs enfants. Mon grand de 7 ans aime beaucoup Bobby Womack et son « What is it ».
    ^^

  6. Déjà un connaisseur à 7 ans, ca promet pour la suite !

    J’ai l’impression qu’on est chanceux d’avoir vécu ces périodes, parce qu’il y avait un pont entre le passé et le future et Nova a joué un rôle très important dans ce sens: on pouvait entendre parliament, Monk,Moloko, Curtis Mayfield et Stanley Clarke dans la même demi-heure, avec une rétrospective de la musique de Bernard Hermann dans la demi-heure suivante: ça n’existe plus aujourd’hui !

    Merci pour ton avis ! 🙂

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