Sans pour autant refaire l’histoire intrinsèque du Beatmaking depuis ses origines, il est évident que nous assistons depuis une petite dizaine d’année, avec l’évolution du marché des machines professionnelles et semi professionnelles (et cela pas uniquement dans la musique, mais aussi dans la vidéo, la photo etc…) ainsi qu’à leur baisse de prix à une percée des celles-ci chez monsieur et madame tout le monde. Clairement, l’émergence des Home-Studio appuyé par la démocratisation de l’informatique et d’internet.

Ce qui amène un peu n’importe qui à utiliser n’importe quel outil pour faire un peu n’importe quoi…
Il n’y a pas si longtemps que ça, créer un beat néssécitait des machines souvent couteuses, que l’on ne pouvait pas se payer comme ça, on louait donc un studio rassemblant l’ensemble des instruments et machines nécessaires à sa création. Location souvent pas donnée…
(pour ceux qui ont déjà mis les pieds dans un véritable studio d’enregistrement, vous serez bien d’accord qu’un home-studiste, n’aura jamais ce qu’un vrai studio propose.)

Cela à un triple impact.

1)    L’émergence de tout un tas de pseudo-musicien, qui avec un clavier d’ordinateur, une souris et un clavier maître pour les plus fournis, tricotent des instrus. Non pas que le fait que l’on puisse s’amuser avec un logiciel de musique et un clavier soient un mal en soit, loin de là au contraire. En revanche, ce qui me gêne un peu plus c’est l’affichage de ce bidouillage (au travers d’internet par exemple) comme un état de fait devenu presque une référence.

2)    La perte d’un savoir faire, de la performance musicale, du travail de l’instrument etc… Ce qui croise quelque part le point numéro 1. Pourquoi se casser la tête à écouter des disques, rechercher des sons, sampler un pied de batterie, jouer un accord de guitare ou aller enregistrer des oiseaux qui chantent alors que tout ça se trouvent sur internet en téléchargement au format MP3?
Où est passer le plaisir de jouer d’un instrument, la joie d’entendre de vraies cordes vibrer, la reconnaissance du travail du musicien, voir du virtuose qui joue du violon comme personne? Ne serait-ce pas là, une des explication de l’image et du mépris  que certains ont envers le Beatmaking?

Il y a de toute évidence une perte de la qualité dû à ces technologies qui offrent l’illusion de pouvoir recréer un univers (artificel) qui n’arrive pas à la cheville de la sonorité, de la créativité et de la réalisation de ce que peut faire un vrai musicien avec son instrument.

3)    Une baisse de la qualité musicale accompagné d’un manque cruel de recherche et de créativité au bénéfice de la technologie. Le résultat des deux premiers points entraîne directement, une baisse de la qualité musicale (on ne me fera jamais croire qu’un VST aura le même son que l’instrument) et une tendance vers la facilité tirant plus vers le bas que vers le haut la recherche créative.

Attention, je ne dis pas que l’informatique est la bête noire de la musique, je dis qu’à vouloir tout faire via un ordinateur pour des raisons de coûts, de simplicité technique etc… on fait plus d’informatique (de pomme c) que de musique (de clefs de sol) et que le résultat est bien souvent en dessous de ce que pourrait donner de vrais instruments. Pour moi, l’ordinateur, élément aujourd’hui incontournable dans la musique, ne doit intervenir qu’en support. Pour l’enregistrement, les arrangements, le mastering. Mais pas pour le processus de création.(à l’exception de la musique électronique dont l’ordinateur est l’outil principal)

Et c’est à mon sens l’un des problèmes majeur du Beatmaking aujourd’hui. Il y a eu en 10 ans une telle démocratisation rendant tellement accessible à tous la possibilité de faire quelque chose aussi médiocre soit-elle que la valeur initiale du Beatmaking c’est complètement dévaluée au détriment de ceux de l’époque ou de ceux qui encore aujourd’hui s’accrochent aux « valeurs » de références.

Alors certains parleront d’évolution, très bien, mais l’évolution ne pourrait-elle pas se faire en faveur de quelque chose plutôt qu’au détriment de la qualité?
Très franchement, je ne vois pas comment on peux dire que l’on fait de la musique lorsque l’on passe son temps à cliquer avec sa souris sur un logiciel pour faire apparaître un trait qui reproduit un son ou à pianoter sur son clavier d’ordinateur.

Perso, je n’utilise l’informatique qu’en fin de parcours. J’ai deux instruments « fétiches », une guitare et une MPC sur laquelle je fais presque tout, (j’aimerais bien savoir jouer du piano que pour l’instant je ne fais que frôler), mais voilà, la musique se ressents, s’apprend, se joue, mais ne se fait surtout pas derrière un ordinateur…