Quand la Musique se perd…

Voilà un bout de temps que je n’ai pas eu l’occasion de rédiger un article de fond sur la musique. Alors que la toile s’enflamme à coups de clashs dans le rap français, je ne peux m’empêcher de partager avec vous ma vision de la chose de manière bien plus globale.

Pour ce faire, il ne faut pas s’arrêter uniquement au rap français, mais prendre ma réflexion d’un point de vu bien plus large.

Ce qui m’intéresse au delà des gueguerres internes sur qui a dit quoi, pourquoi, qui a commencé etc… qui de toute évidence est d’un ridicule sans nom, se cache me semble-t-il un malaise bien plus profond.

Un problème touchant au cœur même de la musique, la qualité.

Si, comme nous le savons, l’économie de la musique est en crise depuis des années, je suis tout particulièrement attristé de voir à quel point le marketing, les stratégies commerciales et maintenant les stratégies numériques ont pris largement le pas sur la création musicale et cela en tout point.

Je m’explique.

Lorsque j’entends les chanteurs, êtres qualifiés « d’artistes » je sourcille toujours un peu… Ils sont businessman dans le meilleur des cas, employés par ricochets des maisons de disques ou label dans le pire, ça oui. Mais l’aspect artistique… ma foi… il tend à disparaître.

Le mot à la mode depuis maintenant 1 an ou deux, peut-être trois, c’est le Buzz! Pour sortir un disque, il faut faire le Buzz! Comme si c’était le mot magique! « Fait bien de la merde sur ton album, on s’en fou, du moment que t’as le Buzz… » J’en veux pour preuve, la capitalisation des maisons disques sur le nombre de fans inscrits sur les pages Facebook de leurs artistes.

Elles en font un tel cheval de bataille que ça en devient indécent. Au détriment d’ailleurs, de ceux qui se cassent vraiment la tête à faire de belles choses mais qui sont moins connus. Bref, passons…

Ce qui est d’autant plus triste, c’est à quoi renvoie ce mot Buzz ou encore cette « capitalisation numérique via Facebook ».
Clairement, c’est un copié-collé des stratégies de la consommation de masse s’appuyant sur une réflexion d’échelle: « Sur ce support j’ai X% de personnes touchées par mon information. Pour vendre ma prévision, il faut que j’atteigne 100 000 personnes et ensuite je peux balancer. »

Et pour ce faire tout les moyens sont bons… Problème, l’aspect mercantile qui, on le comprend aisément fonctionne dans l’agroalimentaire par exemple, a complètement dénaturé la création artistique musicale.

En clair, on ne sort pas un disque parce que l’album est bon. On sort un disque parce que l’artiste à 50 000 fans sur Facebook et qu’en faisant le fameux Buzz 1 mois avant la date de sortie on va faire gonfler sa notoriété (positive comme négative, mais ça, à la limite on s’en fou… ce qui compte c’est le nombre de ventes)

Dans le rap français, se sont des insultes échangées par radios ou morceaux interposés, dans la variété française, c’est la tenue de telle chanteuse aux NRJ Music Awards, aux états unis, ça va être la fusillade ou la bagarre entre deux chanteurs de R’n’B etc… Qu’importe, du moment que l’on parle de toi. Encore une fois comme ce que l’on apprend en école de commerce: « Il vaut mieux que l’on parle de toi, même en mal, plutôt que pas du tout… » No Comment…

Mais le fond du problème reste le même. L’ensemble des gens sensés travailler à la création passent plus de temps à inventer, alimenter et diffuser ces stratégies commerciales qu’à développer un univers artistique.

Du coup, on ne créé plus de la musique, mais un produit et bien que je ne sois pas totalement dénué de sens et ai bien conscience que l’objectif final est de vivre de sont art, la question que je pose est jusqu’où doit-on aller?

Ce n’est peut-être pas pour rien que la majorité des albums de rap français qui sortent depuis une petite dizaine d’années comparés à ceux sortis il y a 20/25 ans ne se vendent pas.
C’est peut-être tout simplement parcequ’ils sont mauvais!

Internet nui au business du disque? Probablement, on ne va pas le nier. Et ce en grande partie à cause du téléchargement illégal. Mais qu’est ce que ça lui sert aussi!
Entre Facebook, Youtube, les plates-formes de diffusion, la communication, les diffusion de photos, de vidéo, de concerts live etc… C’est tout de même un support de communication extrêmement libre, à des coût réduits, international et touchant pleinement la cible concernée.

Bien sur, cette réflexion n’engage que moi et lorsqu’on dit que les meilleurs albums sont les premiers ou ceux sortis en « indépendant », ce n’est surement pas pour rien.
Nous avons d’un coté une économie régie par des businessman dont l’objectif premier est la rentabilité. De l’autre une démarche artistique venant des tripes.

Et que l’on ne vienne pas me dire qu’allier les deux n’est pas possible. Que vivre décemment de son art est chose impossible sans avoir une démarche commerciale etc… C’est faux!

Si l’on prend comme exemples des chanteurs comme Oxmo Puccino ou Zoxea et les Sages Poètes de la Rue dans le Hip Hop, Taïro dans le reggae français, ou encore une artiste comme Yael Naim qui a enregistré son titre « New Soul » dans sa chambre, avec les moyens du bord et qu’ Apple à utilisé dans sa pub du Mac Book Air en 2007/2008 vivre honorablement de sa musique sans pour autant se perdre dans les méandres d’une pseudo économie musicale allant à l’encontre de ses valeurs est tout à fait possible. Pas donné à tout le monde, certes, mais tout à fait possible. (Ironie de l’histoire, Yael Naim avait déjà été abordée par une maison de disque, EMI, en 2001. Allez savoir pourquoi, mais son album de l’époque n’a pas marché…)

Et des exemples comme ça il y en a. Alors oui, tout est question de choix, choisir c’est renoncer et entre vendre des dizaines de milliers de disques mauvais en major vendus à grands renforts de coups marketing et en vendre bien moins, faire des scènes, charbonner comme on dit mais faire de la musique de qualité et être reconnu pour ça, celui-ci peut être délicat à faire pour certains.
Je le comprends aisément. Mais par pitié, que l’on arrête avec ces histoires de buzz. Parce que si les chanteurs en sont là pour vendre des disques, c’est que vraiment il est temps pour eux d’arrêter…

4 réflexions au sujet de « Quand la Musique se perd… »

  1. Et bien, comment ne pas être à 100% d’accord avec cet article !
    Evidement, avant il y avait les espaces publicitaires à la TV, diffusée pendant Sacré Soirée. Les même musique qui étaient souvent passées 15 fois au Top 50, sur les diverses radio, à chaque émissions …
    Maintenant, il y a encore ça, mais avec Internet.

    Je ne pense pas que ce marketing de « buzz » s’arrete, malheureusement. Surtout lorsque l’on voit des trucs comme GnianGnian Style ou comme le Poussin Piou …
    Du coup les « artistes » comme booba, rohff, la fouine … Qui sortent des albums où, au mieux, sur 20 titres, il y en a un seul qui peu potentiellement s’écouter, pour vendre, ils sont bien obligé de rentrer dans ce « buzz business ».

    Perso, je n’ai jamais accroché à tout ce marqueting.
    Jeune j’écoutais Radio Nova, parce que les sons étaient nouveaux et que je ne les avaient entendus nul part.
    Aujourd’hui, je suis sur SoundCloud, je découvre des pépites sur BandCamp … Bref, la scène underground est toujours là, et le sera toujours, mais il faut la chercher.

    Et tu sais, Adrien, quand il y a moment de se faire éventuellement un peu de blé en exploitant un média, si en plus ça marche, c’est tout naturel que tous ces publicitaire à la c** s’y engouffre.

  2. Bien sur que c’est naturel. Mais il y a un juste milieu à trouver pour ne pas se prendre à son propre jeu. Et lorsqu’on fait un métier artistique ou qui relève d’une identité, assise sur des valeurs, on se doit de tenir ses valeurs. Même si par moment on risque de gagner un peu moins qu’en les bafouant.
    Voilà un papier de Dider Porte (Humoriste et ancien chroniqueur sur France Inter) dans lequel il explique comment et pourquoi il à décliner une offre à 400 000 euros.) Et bien moi, je dis « Respect mon Capitaine »!
    http://www.lemonde.fr/idees/article/2013/01/09/comment-j-ai-fini-par-refuser-un-jackpot-de-340-000-euros_1814534_3232.html

  3. Alors là, je dis BRAVO !
    Il faut avoir le mental de le faire.
    Comme quoi tout n’est pas si pourri dans ce monde !

    Mais très sincèrement, j’en sais un peu plus sur ce clash, j’ai lu et vu quelques trucs à gauche et à droite, et bon, peut-on appelé des gus, comme booba, la fouine, et j’en passes, des artistes ?

    Oui, ils sont censés représenter un art, mais, là question se pose réellement, sont-ils pour autant des artistes ?

    Je serais tenté de dire non. Et l’article que tu mets dans le commentaire appuie très fortement mes propos.

    Pour moi un artiste créé quelque chose, utilise un art à bon escient. Fait rêver, voyager … Bref, il donne aux autres.
    C’est bien loin des problématiques mercantiles de ces gens là.

Laisser un commentaire