Youssoupha vs Zemmour: Une affaire de plus…

Après le Ministère Amer, NTM, Sniper, Orelsan, La Rumeur et j’en passe, c’est au tour de Youssoupha, d’être inquiété par la justice après son morceau « A force de le dire ».

Morceau de 2009, d’une centaine de mesures, dans lequel il dit, « A force de juger nos gueules, les gens le savent qu’à la télé souvent les chroniqueurs diabolisent les banlieusards, chaque fois que ça pète on dit qu’c’est nous, j’mets un billet sur la tête de celui qui fera taire ce con d’Eric Zemmour. »

Youssoupha en Studio © Adrien B.

Eric Zemmour, ancien chroniqueur controversé de l’émission « On est pas couché », a donc porté plainte pour « menaces de crimes et injure publique », ce qui en l’état est tout de même relativement grave.

Youssoupha, se défend d’appeler au meurtre et explique d’ailleurs très bien que sur le terrain des mots, Eric Zemmour en tant qu’éditorialiste, journaliste, homme de lettres et lui même, en tant que rappeur sont tout deux dans un échange qui est exclusivement verbal et textuel et qu’en aucun cas ce qu’ Eric Zemmour prend pour un appel au meurtre n’en est un.

Il est vrai que le raccourcis entre vouloir faire taire (d’autant plus lorsque l’on connait la langue aiguisée et souvent veineuse du chroniqueur) Zemmour et appeler publiquement à son meurtre, il y a quand même un monde.
Rappelons aussi les mots très violents de Zemmour sur le rap: « Le rap est une sous-culture […] d’analphabètes… »

Mais finalement, ce n’est pas tant cette affaire qui m’intrigue et l’on peux comprendre l’action de Zemmour sous un certain point de vu, mais c’est la multiplicité des affaires de ce genre entre des hommes de pouvoirs (médias, politiques, associations etc…) et l’univers des rappeurs.
Rappelons nous la fameuse affaire, ridicule, de cet été avec un député UMP qui souhaitait censurer le ‘rap d’immigrés », avant de se raviser, ou l’affaire, Grosdidier il y a quelques années, ou encore l’affaire Orelsan…

Chaque année détient son lot d’affaires judiciaires entre l’univers des puissants et celui des rappeurs. La question que je me pose, sans tomber dans le patos ni dans la victimisation c’est en effet, est-ce qu’il n’y a pas un problème plus profond que ces simples joutes verbales? Qu’est ce qui dérange tant, les textes ou ceux qui les représente?

Sous couvert que les rappeurs seraient écouter par des jeunes en bas ages susceptibles de prendre leur paroles à la lettre et que l’on ne peut pas dire n’importe quoi, la classe politique monte donc au créneau régulièrement.

Notons quand même plusieurs choses.

Tout d’abord, et pardonnez ma critique, mais la chanson française d’aujourd’hui n’a plus rien pour elle. C’est une merde liquide distillée aux oreilles d’un public qui ne s’en rend même plus compte tellement il en bouffe du matin au soir (de la merde…).

Des exemples? Gregoire, Calogero, Christophe Mahe, Benabar, ou Zaz chez les filles… mais à part parler de café, de pizza et d’amourettes d’été à chaque disque, on se demande bien où sont les paroles engagées, les rimes recherchées, les textes conscients qui viennent bousculer la monotonie et l’englutinement intellectuel des auditeurs. Bon il existe bien quelques exceptions comme Benjamin Biolay, alors un peu de vérité et de prise de position, de « couilles sur la tables » pardonnez mon expression, ne fait pas de mal non plus. Où sont passé les Ferrat, les Renaud, les Ferre, les Brassens d’aujourd’hui?

D’autant que ceux qui écoute un peu de rap ou qui connaisse un peu cet univers, ils savent que Youssoupha est loin d’être quelqu’un de violent dans ses gestes comme dans sa plume. Détenteur d’un Bac Littéraire, il obtient l’une des meilleure note de l’académie de Versailles en Français. Il écrit particulièrement bien et fait parti de ces rappeurs, cultivé, plus proche de l’écrivain que du paumé de banlieue qui fait une faute de grammaire par mesure.
« A force de le dire » est par ailleurs une très bonne chanson dans laquelle ont peut aussi entendre des propos comme: « Et le savoir sera mon arme, c’est décidé, puisque les hommes qui ont les balles combattent souvent les hommes qui ont les idées ».

A ce titre, peut être ne suis-je pas au courant, mais Madame Tacher n’a pas attaqué Renaud lorsqu’il a fait sa chanson contre elle (en français et en anglais), alors à part montrer sa force, à part cette volonté d’afficher sa puissance et au regard de la législation déjà en place encadrant la musique et le rap en particulier, quel est l’intérêt d’avoir l’univers du rap, même du meilleur, dans le collimateur?

Ce que j’ai du mal à comprendre c’est que, bien sur c’est une opposition au système, bien sur il y a des textes plus ou moins engagés, plus ou moins virulents, mais heureusement!
Heureusement que certains montent au créneau pour dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas. Particulièrement en ce moment!

Attention, je ne justifie en rien et n’approuve absolument pas les pseudo-rappeurs ne sachant ni lire ni écrire et qui passe leur temps à insulter le système, les hommes politiques ou quiconque  gratuitement, ceux là abîment le rap, discréditent le travail de tous les autres et doivent être condamnés. La loi est prévue pour ça, en revanche, ceux qui amènent les choses de manière pertinente, qui à leur niveau font réfléchir et de part leur écriture tire une partie de la jeunesse vers le haut, font remonter les problématiques de terrain (à leur manière bien sur) pourquoi leur rentrer dedans systématiquement?

Nous avons la chance d’avoir en France un vivier de musicien et d’écrivains de talents dans nos banlieues qui, avec leurs moyens et avec leur style d’expression, le rap, s’expriment sur des sujets d’une importance capitale et cela au nom d’une jeunesse. Voilà presque 20 ans que ça dur… Il serait peut être temps que la classe politique entende enfin ces discours avec autre chose qu’un procès à la clef.

Diaboliser le messager pour en dissoudre son propos lorsque celui-ci est construit n’ai en rien preuve de supériorité.

Enfin, c’est ce que j’en dis…

A Force de le Dire et Menace de Mort de Youssoupha à écouter pour bien comprendre…

3 réflexions au sujet de « Youssoupha vs Zemmour: Une affaire de plus… »

  1. Très bon article Adrien, je te rejoins entièrement sur ce point de vue…
    Je ne suis moi-même pas très au fait de ce type de pseudo-croisades judiciaires mais j’ai souvent l’impression que le rap est à l’heure actuelle la seule catégorie musicale à se retrouver aussi souvent devant des tribunaux pour des affaires de lyrics acides…
    Je n’ai jamais entendu parler de chanteurs de variète avariée qui se font attaquer en justice par rapport à leurs propos (en même temps, comme tu le soulignais très judicieusement, ce n’est pas en faisant de la soupe sans opinion ni âme et de la chansonnette décérébrée que ça leur arriverait ^^)
    Ce genre de comportement montre à quel point certaines personnes ont un raisonnement étriqué et sans le moindre sens pratique : il n’y a pas de meilleure manière de faire de la pub à quelqu’un que de le trainer en justice aux vues et au su de tous…
    Il n’y a pas de meilleure manière d’intéresser des jeunes que l’on veut « préserver » d’une mauvaise influence à celle ci que de la montrer du doigt en hurlant « pas bien »
    D’un autre point de vue, strictement plus personnel, je trouve que Zemmour est un petit facho sans une once de jugeotte et sans la moindre classe qui ferait bien mieux de se préoccuper des procès dans lesquels il est accusé, et qu’il perd, d’ailleurs, plutôt que d’essayer d’en intenter à d’autres, qui, plus réfléchis, n’ont pas sa malveillance… ça, c’est dit.
    Pour ce qui est du reste, la vérité dérange toujours un peu. Et même sans qu’il y en ait forcément beaucoup dans les paroles de ces artistes que le parquais finit par recevoir, il y en a certainement un fond, autrement, il seraient attaqués pour diffamation ou autre… mais généralement, ce n’est pas le chef d’accusation le plus souvent énoncé.
    Enfin voilà, que dire si ce n’est que la liberté d’expression a bon dos au pays des droits de l’homme?
    Navrant.

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